Pour l’abolition de la prostitution

C’est, bien sûr, un article de Rue89 (dernier d’une longue série, voir ici et ) qui m’a poussé à clarifier ma position sur ce point. A force de se heurter toujours aux mêmes poncifs, à la même posture médiatique, je me suis dit qu’il était temps, à mon tour, de réagir. Je suis pour la pénalisation du recours à la prostitution. Je suis un abolitionniste, ce dont je tire une grande fierté.

Durant des années, je ne me suis guère penché sur la question, vaguement écœuré par ce commerce licite mais dégradant. Mais la propagande actuelle, que ce soit sur la réouverture des maisons closes, le militantisme alarmant du STRASS, et surtout cette insistance lourde, douceâtre, hypocrite sur la « liberté » de vendre son corps, et sur la « liberté » de l’acheter, m’ont poussé à réfléchir là-dessus.

Alors reprenons avec méthode.

D’abord, la « liberté » du client. Payer pour du sexe m’a toujours paru comme une idée répugnante. Mais l’indignation morale ne mène nulle part. Non, la marchandisation du sexe est au contraire l’une des pires émanations de la société bourgeoise. Payer pour un corps humain est l’incarnation du capitalisme, sa transformation en chair vivante. Et, comme tout commerce mondialisé, des profits sont extorqués sur le dos des travailleuses par le proxénète, ce chancre social, ce ténia, ce parasite. On voit donc dans un microcosme le fonctionnement entier du système. Mais contrairement à l’ouvrier ou l’employé, qui vendent leur force de travail, la prostituée, elle, vend son propre corps. Elle est donc totalement soumise au système capitaliste (même s’il est illégal dans le cadre de la prostitution). On touche là les limites du libéralisme, et on se rapproche de plus en plus de l’esclavage. Car oui, vendre son corps n’est pas un louage de service. C’est de l’esclavage temporaire. La transformation des femmes en instrument de production dépasse les limites de l’aliénation habituelle, ce qui la rend encore plus inacceptable que le capitalisme habituel. On me répondra qu’il existe des prostituées volontaires, qui ont choisi ce métier pour telle ou telle raison ; j’aborderai ce point bientôt. Restons sur le client. Si quelqu’un a choisi en connaissance de cause de recourir à l’esclavage qu’est la prostitution, il doit être puni, voire sévèrement puni, car ce crime contre la nature humaine est inexcusable. Vous êtes érotomane ? Ce n’est pas une excuse. Vous êtes timide ? Ce n’est pas une excuse. Votre vie sexuelle est vide ? Ce n’est pas une excuse. Vous avez été victime d’un traumatisme sexuel ? Ce n’est pas une excuse. Vous ne pouvez pas, pour raisons physiques, séduire les femmes ? Ce n’est pas une excuse. Pour tous ces cas-là, il existe la masturbation. Si vous ne pouvez pas vous masturber, soyez heureux : vous êtes détachés de la sujétion sexuelle. Alors profitez-en pour faire quelque chose de constructif. Si vous ne voulez pas vous masturber, alors vous serez punis pour votre comportement, qui est un comportement de prédateur, de prédateur conscient de la faiblesse de l’autre et de votre force, puisque vous détenez l’élément qui vous sépare de la prostituée : l’argent. La liberté de recourir au sexe tarifé est plus qu’immorale : elle est injustifiable.

La liberté de la prostituée, ensuite. Dire qu’une immense majorité des travailleuses du sexe est exploitée par le crime organisé, enlevée de force de son foyer d’Europe de l’Est, d’Afrique subsaharienne ou de Thaïlande est d’une telle évidence que l’on tombe dans le lieu commun. Reste la minorité, celles qui réclament d’user de leur corps comme bon leur semble. Et qui tracent un parallèle entre leur lutte et celle des femmes pour légaliser l’avortement ou des homosexuels pour réaliser le mariage entre personnes du même sexe. On voit toute l’ignominie de l’argument. La liberté, pour celles-ci, serait donc de tomber dans la servitude. Dans quel marasme intellectuel sommes-nous tombés pour entendre certains, sans doute de bonne foi, reprendre le vieux refrain newspeak « la liberté, c’est l’esclavage » ? En se raccrochant à des combats vieux de plusieurs décennies et d’une rare légitimité, elles déshonorent leur posture, tout en dévoilant la véritable nature de leur raisonnement. Elles se moquent de l’égalité, de la justice. Tout ce qu’elles veulent c’est la liberté. Mais pas n’importe laquelle. Leur liberté. Celle des autres ? C’est secondaire. Voilà pourquoi elles ont le front de justifier l’un des commerce les plus vils de l’histoire de l’Humanité, simplement parce qu’elles y trouvent leur compte. Le vieux fond libéral-libertaire est encore bien présent, distillant son poison dans les oreilles du bon peuple, trop naïf pour se douter de la manœuvre. Et voilà, encore une fois, comment l’on justifie l’exploitation de millions d’êtres humains au nom de la liberté de quelques-uns.

Alors, je me dois d’être clair. Si votre liberté était de vendre votre corps, ce serait regrettable, mais sans plus. Mais ce n’est pas cela. Vous êtes le cache-sexe d’un système ignoble, l’alibi d’une monstruosité cannibale qui prospère sur la misère sociale et sexuelle d’aujourd’hui. Dans ces conditions, votre liberté, tout simplement, doit être anéantie.

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